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Voilà une phrase, qui est juste, mais qui fait pourtant un peu mal.
J'ai repensé à elle durant ces quelques jours où je voulais écrire ce billet sans pouvoir le faire car notre pc a lâché et j'ai renversé ma tisane sur le portable. Bon...
Je n'ai commencé à chercher à mettre des mots sur ma césarienne qu'il y a peu. C'est simple, jusque il y a quelques semaines, c'est comme si j'avais refermé une boîte à la naissance de ma Clo. Je le dis honnêtement, je ne pensais pas qu'un jour je puisse me poser des questions, penser à ce qui aurait pu se passer avec des si. Parce que la césarienne a été décidée en urgence en salle de naissance, le bébé déjà bien descendu, pour ne pas prendre de risques.
J'ai vécu le premiers jour dans un état de surprise légère,  avec mon drain, la poche de sable, la poche d'urine à côté du lit sans rien ressentir. Rien.
On m'a opérée et je tremblais comme une feuille (la péri), en pleurant un peu d'émotion. Je ne l'ai pas vue être sortie de moi, je ne l'ai pas eue sur ma poitrine nue, elle nue sur moi aussi. J'ai fait la connaissance de mon bébé toute habillée et endormie, plusieurs heures après la naissance, une fois remontée de la salle de réveil où je me demandais si le coup de massue sur ma tête provenait des médicaments ou du vide sidéral dans lequel je me retrouvais. J'étais là toute seule et c'était totalement absurde. Je me souviens m'être dit à moi-même: "ça y est tu es mère, ça te fait quoi ?" "Rien".
J'ai mis des semaines, voire des mois, à tisser les liens charnels et émotionnels avec ma fille. Avant cela, je n'étais tout simplement pas connectée à elle, parce que je n'avais pas eu la chance de lui donner moi-même la vie.
J'ai mis du temps avant de me faire confiance en tant que mère, parce que je ne m'étais rien prouvé ce jour-là.
Je ne me souviens pas de l'odeur de sa peau parce qu'il n'y a pas de souvenir.
Je ne me souviens pas avoir plongé mon nez dans son petit cou, au début. D'avoir cherché son angélique main. Qui était cette inconnue ?

Je me souviens avoir commencé à écrire un message sur ce blog quelques mois après la naissance de ma fille et je l'ai laissé en brouillon parce que je sentais que quelque chose n'allait pas, que ce baby blues n'était pas seulement hormonal. Et puis, parce que je me suis posé des questions, bien après, sur le prochain accouchement, j'ai eu une épiphanie...mais oui c'est bien cela.  Je n'ai pas accouché...
Et cette phrase qui cause une telle douleur, "il ne faut pas regretter, tu n'avais pas le choix, c'était pour le bébé", qui n'apaise rien du tout ! Non, non, et non ! J'ai le droit de regretter ma césarienne, j'ai le droit de dire qu'on m'a enlevé quelque chose de crucial dans ma vie. Il faut avoir vécu ce manque pour le comprendre, je crois.
Et pourtant dieu sait que tout s'est bien passé, j'ai une belle cicatrice, un bourrelet vite parti.
Je ne suis pas là pour dire que ça aurait pu être autrement (quoique, dans mon cas, oui avec de l'anticipation); non, juste faire le constat libérateur que j'ai dû redoubler d'efforts pour me réapproprier un peu du début de mon histoire de mère. Mai chaque récit de césarienne sera différent, car chaque femme est différente n'est-ce pas ?

edit: avec ou sans césarienne, bien sûr, on peut se sentir mal à l'aise dans son rôle de maman. on ne naît pas mère...je ne saurai probablement jamais quelle était la part de la césarienne dans tout ça. Heureusement on est mère par d'autres biais, ensuite. Merci pour vos mots, ils m'ont tant touchée !